En fait, recruter c’est comme vendre une commode sur le bon coin

Par Inès Plocque

10 Novembre 2021 | 6 minutes | Expérience Candidat

Recrutement et le bon coin Une
Le bon coin deneuve
ines plocque

Inès

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Recrutement & le bon coin

Inès Plocque • 6 minutes • Expérience Candidat
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10/11/2021 à 11h01

Certains parallèles pertinents sont faits entre la recherche d’appartement et celle d’un emploi, pour des raisons évidentes de rapport de force entre l’agent immobilier et le chercheur de logement. Tout ceci entraînant frustration, incompréhension et baisse de confiance en soi.
J’aimerais comparer le recrutement avec un autre phénomène, qui, hasard du calendrier, se passe souvent une fois qu’on emménage (ou déménage) : La vente d’objets sur Le bon coin.

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D’après Catherine Deneuve, un Français sur deux y trouve son bonheur.

De nature plutôt optimiste, j’ai pourtant perdu toute foi en l’Humain en voulant vendre des objets sur le site de petites annonces, pourtant symbole du dynamisme français sur l’internet des années 2000. Alors que les valeurs et le concept me semblaient louables et toujours d’actualité, son application dans les faits me donne envie de jeter ces objets dans la mer et de partir très loin de toute civilisation.

Ce qui, quand on y pense, est une analogie plutôt appropriée avec le monde du recrutement.

Parallèle 1 : Trouver son bonheur

Il y a beaucoup, beaucoup, d’articles sur le site du bon coin, sur Wish, Vinted ou autres. C’est d’ailleurs pour cette raison que tout le monde vend ou achète sur ces applications.

D’ailleurs, on peut même y chercher un travail, comme quoi le lien entre vente et recrutement article n’est pas -tout à fait- improbable. Comme sur un site d’emploi ou un jobboard classique, en général le visiteur sait ce qu’il cherche et va l’écrire directement dans la barre de recherche.

Premier constat : celui-ci semble privilégier la quantité à la qualité puisqu’en tapant “commode”, le deuxième résultat sera une offre de colocation.

Pourquoi pas.

De l’autre côté du miroir, c’est comme si en cherchant une offre de stage en marketing on avait une offre pour un CDI en génie civil. Cela peut créer une défiance voire une frustration.

Pourtant… c’est bel et bien une réalité : tout le monde a déjà vu apparaître, sur Linkedin, des propositions de postes n’ayant aucun lien avec son profil, sa formation ou ses compétences.

Les sites d’emploi comme Monster ou Indeed, eux, calquent justement leur business model sur celui des sites de ventes, avec des services comme la mise en avant d’une annonce moyennant finance. Ce qui, au final, dessert le candidat qui voit apparaître des propositions non ciblées dans ses résultats de recherche.

Commode le bon coin

Parallèle 2 : l'annonce de vente et de recrutement

Il y a autant de styles (et de niveaux de qualité) d’annonces que d’annonces, ce qui n’est pas étonnant car :

– Les auteurs diffèrent
– Ce n’est pas un métier d’écrire des descriptifs (enfin quoique…)
– Le site donne quelques conseils mais pas de template précis et il n’y a pas de réelle vérification avant publication, à part, j’imagine, une recherche de mots-clés ou photos interdits.

Le prix (ou le don) est évidemment indispensable pour valider la diffusion de l’annonce, et regarder les annonces existantes permet de se positionner, même si le site précise qu’il faut prévoir une marge de négociation.

Comme pour le descriptif de vente de votre commode, l’annonce d’emploi répond à une règle en or : plus elle est claire et complète, plus elle attirera de monde.

Par défaut, le vendeur sur le bon coin est invité à être factuel, neutre, pour permettre au lecteur de comprendre ce qu’il achète, le but étant de faire appel à la raison et non au cœur.

C’est une stratégie qui fonctionne parfaitement. Pour la vente comme le recrutement.

Mais il est possible d’opérer différemment : en mettant plus d’identité dans ses annonces.

Pour les entreprises, cela passe par le ton, la priorisation des éléments (insister sur la culture par exemple) ou encore l’interactivité et l’originalité.

Sur le bon coin, là… Disons qu’il suffit de jeter un œil au site dédié pour se faire une idée.

Parallèle 3 : la réponse

Quand on poste notre annonce gratuitement, on sait qu’elle sera en haut de la page des résultats correspondants et donc visible uniquement quelques heures, avant de se noyer dans les milliers de propositions équivalentes. La fenêtre de tir est donc fine.

Côté acheteur, la temporalité est aussi importante : il écrira plus à une annonce récente en se disant que le produit aura plus de chances d’être disponible.

J’ai expérimenté en tant que vendeuse l’annonce qui reçoit beaucoup de réponses et l’annonce qui n’en reçoit pas.

Le bon coin réponses

Pour l’annonce qui ne reçoit pas de réponses, on est tenté de baisser le prix, voire de finir par donner l’objet pour s’en débarrasser.

Dans le cas contraire de l’annonce à succès, on a souvent affaire à l’acheteur qui demande beaucoup d’informations supplémentaires, qui sont souvent d’ailleurs déjà mentionnées dans le descriptif… (je me demande si ce n’est pas plutôt pour vérifier que le vendeur est bien une vraie personne).

Dans 9 cas sur 10 l’acheteur potentiel va aussi négocier, il faut accepter que cela fasse partie du jeu et puisse procurer du bonheur à celui qui “réussit” à baisser le prix de quelques euros.

J’ai toujours répondu à tous mes acheteurs potentiels : c’est sûrement une déformation professionnelle, mais je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et dans ce cas, place à la frustration bien connue de acquéreur ignoré, à qui on ne prend même pas la peine de dire que l’objet a déjà été vendu.

Dans le recrutement, les parallèles sont évidents.

Côté postulants, la multiplication des approches est similaire, avec des candidats qui iront tenter leur chance à plusieurs endroits, voire même là où ils ne sont pas totalement alignés avec le poste, pour “tenter sa chance” malgré tout.

Côté recruteur, l’annonce qui ne génère aucune candidature est aussi frustrante. À un tel point que certains ou certaines n’hésiteront pas à revoir à la baisse leurs attentes juste pour closer le poste.

Alors que dans le cas contraire, l’annonce à succès provoquera l’effet inverse.

Parallèle 4 : la transaction

Alors que le vendeur pense que le plus dur est fait une fois que l’acheteur est trouvé, que les deux parties sont d’accord sur le prix, la date et le lieu de transaction, c’est là que la déception peut s’avérer être la plus grande.
1er cas de frustration et de mauvaise expérience : la disparition de l’acheteur, qui en plus ne répond plus. Le ghosting passe de l’autre côté, et on se sent bien seul à poireauter avec sa commode dans la rue, en attendant quelqu’un qui ne viendra jamais.

2eme cas de frustration côté vendeur : le décalage répété de la transaction, et l’ultime négociation sur place, le grattage de quelques euros étant visiblement devenu un sport national.

Une technique d’achat par l’usure qui peut fonctionner sur les vendeurs qui veulent vraiment se débarrasser de leur bien au plus vite, mais qui peut aussi se retourner contre l’acheteur.

En ce qui concerne l’univers du recrutement, ces cas de figure existent aussi. Malheureusement.

Le ghosting, forcément, est une problématique majeure pour les recruteurs. Surtout lorsqu’il se manifeste au pire moment : lors de l’offre finale.

Perdre un prospect lors des négociations est la pire des situations. C’est une perte de temps incommensurable et une porte d’entrée vers une période de stress. Et la solidarité avec le vendeur à qui on a posé un lapin est réelle.

Pour les décalages et les négociations après accord, ces situations sont plus rares dans le recrutement, mais elles existent. Et voir un candidat souhaiter un salaire revu à la hausse après l’accord initial peut vite le desservir… Une technique risquée !

📚 Pour approfondir

Finalement, il existe effectivement pas mal de parallèles entre une vente sur le bon coin et un recrutement, et ce, à quasiment toutes les phases de l”opération.

Le pire, c’est que l’on se pose les mêmes questions, dans une espèce de solidarité entre vendeur de commode et recruteur de talents.

Comment expliquer le grand écart qui se crée parfois entre la mission initiale et la mise en application ?
– Les plateformes sont-elles bien optimisées pour éviter ou prévoir les mauvais comportements ?
– L’échec est-il de la responsabilité de tous les acteurs ?
– Est-ce qu’il faut ici aussi se donner des notes pour assurer un minimum de respect et de politesse ?
– Que faire des objets et des annonces qui ne génèrent rien ?

Beaucoup de questions donc et des réponses différentes selon notre niveau d’optimisme du moment et notre réservoir de patience aussi j’imagine.

Dans tous les cas, j’ai plus d’espoir de voir des changements dans les processus et postures côté recrutement, et tant mieux car c’est mon quotidien !

Paris (75017)

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